Le téléchargement de cet article peut durer plusieurs minutes en bas débit.

Pour tout problème d'affichage cliquer ici.

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

 

On n’imagine pas toujours les contraintes infligées à la matière dans le domaine des arts plastiques.

Bien sûr, il est de notoriété publique que les graveurs se servent parfois d’acides terriblement corrosifs 1, mais on ignore généralement qu’une presse peut développer une pression de seize tonnes par centimètre linéaire 2.

Alors c’est vrai, un atelier de gravure qui offre la possibilité de travailler sans trop se préoccuper de ces contraintes, dans une bonne ambiance créative, mérite une réputation qui d’ailleurs n’est plus à faire…

 

...et c’est le cas de l’atelier Pasnic. Pasnic, voyons… un nom slave ? Pajnikch ? Dans l’atelier, je prononce ce mot, pour rire, et Pascal sourit. Il dit « Ça a l’air slave ! ». Pasnic est en fait un jeu de mots : « Pas » comme Pascal et « Nic » comme Nicolas 3. Pascal et Nicolas sont deux amis qui ont fondé cette entreprise à la fin les années 1970. L’atelier est devenu un lieu à la fois légendaire et réel.

 

Ont-ils suivi une formation dans le domaine de la gravure ?

Sans façons mais bien direct, Nicolas répond : « Bof. Quelques heures, quelques jours à la fac de Vincennes » où avait enseigné Henri Goetz, l’inventeur d’un procédé de gravure révolutionnaire que Pasnic continue à mettre en œuvre.

 

 

En fait, c’est le peintre James Coignard 4, « un ami de la famille de Pascal, du côté des enfants », qui semble avoir communiqué sa passion et son savoir-faire aux deux jeunes hommes. Une passion assez forte pour que leurs autres projets volent en éclat. Adieu études de médecine.

 

Goetz (1909-1989) était un Américain arrivé comme d’autres en France, à Montparnasse, au cours des années 1930. Déjà assez reconnu, il commença à enseigner vers 1950 (la Grande Chaumière en 1955, mais aussi l’American Conservatory de Fontainebleau). En 1967, il crée la technique de la gravure au Carborundum ®. Un événement dans l’histoire de l’art. Rapidement, des artistes – les amis de la première heure – et un imprimeur, Robert Dutrou, s’intéressent de très près à cette invention. Citons Antoni Clavé, Max Papart, James Coignard bien sûr, mais aussi Juan Miró et dans un second temps, Tapiès, Matta, Barceló et d’autres, souvent très célèbres, encore plus nombreux depuis la création de Pasnic à Paris en 1978.

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

Il existe plusieurs raisons au succès de l’atelier. C’est une évidence depuis la naissance du procédé : les peintres sont séduits parce qu’ils retrouvent en lui certaines sensations. Mais une vieille amitié, éprouvée depuis trente ans, semble réchauffer l’endroit et son charme spécifique opère également.

 

 

L’idée de Goetz a la simplicité des inventions géniales. Elle est la réponse à une question simple : pourquoi une plaque de gravure serait-elle toujours creusée 5 ? ou, dit autrement, pourquoi ne pas créer un relief par ajout et non par retrait ?

Pourquoi ? Parce que, comme on l’a dit, une presse impose certaines contraintes à la matière.

 

AR (*) : Pourquoi le Carborundum ® ?

Nicolas : Avec 16 tonnes de pression par cm linéaire sous la presse, ce n’est pas la peine d’essayer le plâtre. (…)

 

C’est là que l’on saisit le génie de Goetz : le Carborundum ® est un produit industriel réellement prodigieux (brevet en 1893 – lire absolument l’article qui lui est consacré), mais assez méconnu tout comme son découvreur, un homme hors du commun, Edward Goodrich Acheson. Penser à cette substance – d’un aspect magnifique au demeurant – n’était donc pas quelque chose de simple : il a fallu 74 ans pour qu’elle trouve une application artistique.

 

Pourtant, du génial Acheson aux graveurs d’aujourd’hui, il semble qu’une sorte d’ingéniosité, de simplification mesurée, caractérise les principaux acteurs de la destinée du carbure de silicium. 

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

Concrètement, cela se traduit, dans l’atelier Pasnic, par l’utilisation de deux substances, des pâtes à base de Carborundum ® :

 

 - un mélange très simple avec une colle polyvinylique (une colle à bois ou à papier peint somme toute assez banale) destiné aux plaques de plastique

 - un mélange tout aussi simple mais plus épais avec la résine Rhodopas B ® (brevet Rhodia – il s’agit d’un polymère acéto-vinylique PVA), collé au chalumeau sur plaque métallique. Voir exemple ci-contre, détail d'une plaque.

 

Partant de ces deux « piliers » techniques, nos deux graveurs ont créé un environnement où ce qui est généralement accessible aux peintres en termes de matières et de manières de faire se retrouve sous forme gravée, travaillée de multiples façon, puis imprimé.

L’artiste entre dans l’atelier avec quelques croquis et une idée de ce qu’il veut réaliser en gravure. Il est aidé par la petite équipe qui fournit les explications nécessaires.

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

AR (*) : Vous êtes un peu enseignants, finalement.

Nicolas : Oui, sauf que quand tu enseignes quelque chose à quelqu’un, il interprète forcément à sa manière...

(Pascal, en plein boulot, rit. S'agirait-il d'un euphémisme ?)

AR : C’est peut-être mieux comme ça, remarque !

Nicolas : Oui, oui. C’est bien, on change tous les jours. Tout ce qui est technique “ avant l'intervention des artistes ”, tu l’as vu. Après, c’est comme tout travail artistique : juxtaposition, superposition, etc.

 

L’artiste est donc simplement informé des possibilités techniques, après quoi il met en pratique ses propres choix.

 

AR : A ton avis, qu’est-ce qui les attire, ces artistes ?

Nicolas : Le fait que ce soit différent. Tu travailles comme un peintre. Après, il faut que tu composes avec les couleurs. Ce n’est pas long. Quand Matta est venu ici, il a fait une plaque et l’a sortie. En ½ heure il avait une épreuve.

AR : Mais finalement, il s’agit de plaques de quoi ?

Nicolas : De métal, de carton, d’acier, de plastique, de lino…  [voir photo ci-contre]

 

Le procédé Goetz autorise donc autant les creux que les hauteurs. Ci-dessous, une plaque de lino dont Nicolas montre les zones empâtées, atteste que la technique Pasnic permet certaines audaces.

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

 

Tout est possible, ou presque : réaliser des collages, carboniser le papier (voir photo ci-dessous – ici, l’artiste néo-zélandais Todd Narbey), malmener sa structure, y apporter des retouches de quelque manière, etc.

Mais quel papier, au fait ? Le papier n’est-il pas le support final des gravures, même si parfois – rarement - des tissus sont employés ? En fait, le papier des graveurs – qui est aussi celui des aquarellistes, cf. Les papiers pour l’aquarelle - est pratiquement déjà une œuvre d’art. L'atelier Pasnic a opté pour les prestigieux Arches et Moulin de Larroque.

 

 

Détrempés, maintenus humides dans un simple sac plastique, les feuilles attendent le passage en presse et d'autres traitements.

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

 

L'impression est évidemment un moment décisif. L’épaisseur des plaques préparées au Carborundum ® est souvent très importante. Parfois, la contrainte mécanique lors de l’impression est extrême. Des feuilles de feutre (tissus tassé) ou de tissu tressé ajoutées par-dessus la plaque viennent homogénéiser la pression. Le processus est très surveillé. Comme l’écrit Lad Kijno, Pascal et Nicolas sont là, « constamment prêts à rattraper nos erreurs, même à nous sauver du naufrage ! » 6.

 

Après l’accord de l’artiste sur une épreuve satisfaisante, vient le « bon à tirer » rituel, sorte de signal de départ pour la réalisation, selon le même procédé, de quelques dizaines d’épreuves commandées par un éditeur ou par l’artiste.

 

En plus des artistes déjà mentionnés, Antonio Segui, Didier Hagege, Emmanuelle Renard, Hervé Dirosa, Jean-Pierre Pincemin, José-Maria Cicilia, Michel Haas, Miguel Barceló, Miguel-Angelo Campano, Monique Tello, Pierre-Marie Brisson, Sandro Chia, Sophie Sainrapt, et d’autres, beaucoup, beaucoup d’autres que l’on ne peut que regretter de ne pouvoir citer, ont travaillé avec les deux amis de la rue Pixerécourt.

 

Edward Goodrich Acheson, le génial découvreur du Carborundum ®, n’avait certainement pas prévu en 1893 ce développement poétique de la destinée de son bébé étincelant, sa poudre magique, son diamant du monde contemporain.

 

 

 

 

Un problème d'affichage ? Cliquez sur le menu Affichage de votre navigateur puis choisissez l'option Actualiser.

 

PASNIC

Paris XXème

Site : pasnic.fr   

 

(*) Article réalisé par Emmanuel LUC

ArtRealite.com © 2004 Tous droits réservés

 

_____

 

1 Précisons que l’acide n'est pas employé dans l'atelier. Il est d’ailleurs sans emploi pour le type de procédés utilisés. Voir Eau-forte.

2 Le cm linéaire correspond à un centimètre de largeur rapporté à la partie du rouleau qui est en contact avec la plaque au moment de l’impression, soit une surface de quelques cm2.

3 Pascal Gauvard et Nicolas du Mesnil du Buisson.

4 Comme son nom ne l’indique pas, James Coignard est né à Tours (France, 1925). Initialement peintre, il est directement initié par son ami Goetz à la gravure au Carborundum ® dès 1968.

5 Exception faite de la sérigraphie et de l'offset.

6 …dans le remarquable catalogue de l’exposition Animal et territoire, ArtSénat, printemps-été 2003, p. 85.

 

Pour revenir au corps du texte, cliquer sur le bouton "Précédent" de votre navigateur.

_____ 

ANOMALIES D'AFFICHAGE - un problème identifié

 

 

Si vous utilisez Microsoft ® Internet Explorer 6 ® sur une connexion téléphonique RTC standard à bas débit, vous constatez peut-être des anomalies à l'affichage des images de cette article (surtout les dernières).

Il n'existe qu'un seul remède à ce problème : appuyer sur la touche F5 ou cliquer sur le menu Affichage du navigateur puis sur l'option Actualiser. Cette solution dûment éprouvée ne doublera pas la durée du téléchargement.

 

Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de palier à ce dysfonctionnement qui ne dépend pas de notre responsabilité ni de notre champ d'action. Il ne s'est manifesté clairement que sur la version 6 du navigateur de Microsoft.

 

Par ailleurs, cet article ne peut être affiché correctement sur un écran dont la résolution est inférieure à 1024 x 768 pixel.

 

Pour revenir au corps du texte, cliquer sur le bouton "Précédent" de votre navigateur.

 

 

 

© ArtRéalité - Tous droits réservés

Retour début de page

Nous écrire

 

 

 

Rechercher...


  Web

  ArtRéalité

  Dotapea

  Pourpre 

 

Google

 

 

Communication