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Jacques est un modèle artistique réputé, aux multiples compétences (performances, défilés de mode, Tarzan pour les dessins animés, et bien sûr poses pour des peintres, des sculpteurs, des cours). Voici un intervenant du monde des arts plastiques qui, comme Kiki et quelques autres ne peut pas être négligé et que la presse écrite ou TV, spécialisée ou non, ne néglige plus.

 

 

Nul doute, Jacques est fou de son métier, il faut commencer par là.

Il est en France le premier modèle masculin que l'on peut véritablement qualifier de reconnu.

 

Il n'est pas un comédien de par son statut professionnel, bien que l'on ait pu le voir sur les écrans cathodiques ou non cathodiques. Le cinéma semble avoir cessé de l'intéresser sinon comme spectateur attentif et curieux, étonné par la qualité croissante des productions. On l'a compris : il a une formation et une expérience en arts dramatiques. Distinguant bien les métiers, il assure que "ça n'a rien à voir", mais on se rend compte bien vite - en regardant par exemple les photos ci-contre - qu'il en a conservé quelque chose dont il se sert à bon escient.

 

Il apporte un "plus" professionnel basé sur plusieurs savoir-faire :

"L'art du modèle, c'est de comprendre ce que l'artiste, l'élève ou l'étudiant veut", dit-il. De fait, des écoles d'arts aux cours de stylisme, Jacques cherche à créer une émotion - qui manque souvent, c'est vrai.

 

Pour tout modèle, avec un seul artiste, le travail est souvent plus difficile : il faut sentir les besoins de celui-ci, estimer sa recherche, s'en imprégner (une capacité très peu reconnue). C'est là qu'il surprend. C'est là que Jacques fait preuve d'un coup d'œil et d'un "feeling" étonnants. C'est sa force. Sans arrogance, sans prétention, il tente d'apporter quelque chose intelligemment, en harmonie, ensemble avec l'artiste et pour le plaisir de contribuer à l'œuvre. Il le fait en utilisant sa propre sensibilité et son intuition sans déborder sur celles de l'artiste.

 

Les poses en couple ?

Il en a effectué dès 1999. Cela a tellement plu qu'elles représentent bien maintenant cinq séances par semaine.

 

Il existe bien sûr une dimension inspiratrice du modèle. Celui-ci, seul ou non, demeure toujours, invariablement au fil des temps, ce que l'on nomme « la muse », une source d'émotions pour l'artiste, capable d'agir dans un contexte toujours interactif. La muse/modèle n'est pas une star inaccessible mais une personne qui travaille avec vous sur de l'imaginaire.

 

 

Nos lecteurs auront l'occasion de découvrir le point de vue de Jacques sur ces sujets dans l'interview qui suit. Ils découvriront un être franc, carré autant que sensible, toujours avant tout professionnel, ponctuel, très sérieux et ne mélangeant pas les genres.

Voici l'interview de Jacques, un régal pour le rédacteur qui peut livrer au lecteur le texte tel quel, avec le plaisir musical d'entendre au magnéto une voix nette et chaleureuse aux accents du Sud-Ouest.

 

 

 

AR : Comment es-tu venu au modélat ?

 

Une copine m'a entraîné dans un cours en me disant que l'on pouvait gagner trois sous. Je l'ai malheureusement perdue de vue.

 

 

AR : Auparavant tu avais un intérêt peut être pour la sculpture, la peinture, l'art ?

 

Aucun. Aucun. Non, ça ne m'intéressait pas parce que je n'ai aucune culture au départ. Dans ma famille, on ne sait pas… on sait à peine que ça existe.

J'ai fait une centaine de films, une centaine de rôles, mais bon c'est le boulot.

 

 

AR : A propos, des expériences un peu particulières comme ce qui s'est passé en télévision avec Mireille Dumas, tu en as eu d'autres avant ?

 

Non, c'est parce qu'on faisait une émission sur l'esthétique masculine. J'y suis allé pour dire que je n'utilisait pas la chirurgie esthétique et que je me servais de mon physique tel qu'il était, que je savais m'en servir avec des peintres, des sculpteurs, des photographes, avec des gens que cela peut concerner.

 

 

AR : Quelque chose m'a un peu frappé dans ce que tu m'as dit l'autre jour [lors d'une rencontre préliminaire] : j'ai eu l'impression que tu avais des éléments de composition, des connaissances. Est-ce que c'est intuitif ou bien c'est à force de regarder des tableaux, des statues ?

 

Non, je n'ai pas de connaissances, mais j'ai regardé des oeuvres. Lorsque je travaille avec quelqu'un, je regarde ce que cette personne a fait. Si je le comprends et si je pense que moi, je peux apporter quelque chose, soit la suite, soit améliorer la continuité ou la renommée, ou suggérer à cet artiste des choses qui font que cela le fera avancer, alors oui c'est bien.

L'argent ne rentre pas en ligne de compte. C'est surtout ce que l'on va faire. Si je pense que je ne lui apporte rien, c'est pas la peine, on n'entame pas.

 

 

AR : C'est en cela que tu es un vrai modèle, je pense. Est-ce que tu crois qu'il y a des fois des croisements entre l'inspiration de l'artiste et ce que toi, tu souhaiterais pouvoir lui apporter ?

 

On se comprend, oui, oh là !

Il y en a même un qui a senti que je pouvais lui apporter quelque chose, mais avec qui j'ai dû refuser de travailler.

 

 

AR : Il faut de la patience aussi, parce que la maturation du peintre, du sculpteur, cela peut être très long.

 

Oui, je m'investis complètement : si je travaille avec quelqu'un qui ne m'intéresse pas, ce n'est pas la peine, parce que vraiment je vais au bout, au bout, au bout de l'esprit des gens et le mien, même si c'est avec le corps. Il y a d'ailleurs une fatigue, quelque part.

 

 

AR : Est-ce que cela t'arrive de travailler très longtemps avec le même artiste ?

 

Oui, assez longtemps, ça peut être deux ans, même trois ans parce qu'il y a des gens qui ne me laissent plus partir ! La route continue et on évolue ensemble, alors c'est bien.

 

 

AR : Pourquoi une préférence pour la sculpture [Jacques pose pour des peintres, mais aussi beaucoup pour des sculpteurs] ?

 

Parce que je suis plus attiré par le volume, je ressens mieux la sculpture. Peut-être parce que c'est du bronze et que c'est plus solide que le carton à dessins. Je n'en sais rien. En dessin, j'ai beaucoup de poses très sculpturales.

 

 

AR : Au niveau des goûts artistiques, qui est-ce que tu apprécies ? Rodin par exemple.

 

Dire que Rodin est dépassé risque de soulever des critiques trop véhémentes.

 

 

AR : Parmi des artistes actuels, tu verrais des gens particulièrement intéressants ?

 

Il y en a plein qui vont démarrer, maintenant que César n'est plus là. Il y en a six à dix qui peuvent devenir grands.

 

 

AR : L'impression que donne la sellette par rapport à la scène, le plateau de cinéma ?

 

La sellette, c'est comme une scène, bien sûr. Mais c'est une scène où il n'y a que le corps qui peut parler, alors le langage est très différent. C'est le langage du silence. Il est très fort.

 

 

AR : Le choix de vie. Tu as un agenda de PDG, d'après ce que j'ai pu voir. Qu'est-ce qui est assez motivant, finalement ?

 

C'est le résultat des travaux, des œuvres faites. Plus ça va, plus on en commence et plus on a envie d'en voir la fin et d'aboutir et de voir un bon résultat et on est tellement satisfait que l'on continue.

 

 

AR : Est-ce que tu aimes bien les artistes ?

 

Ah oui ! Plus que moi-même, peut-être.

 

 

AR : Qu'est-ce que tu penses du manque de reconnaissance envers les modèles ?

 

(un temps de réflexion)

En ce qui me concerne, je n'ai pas de manque de reconnaissance.

 

AR : Non, c'est vrai, mais enfin au niveau public ?

 

Il y a des gens qui ne comprennent pas ce qu'est un modèle. Ils ne s'intéressent pas à savoir si on a froid, si on a chaud, si on a faim. Ils manquent de sensibilité, mais beaucoup sont quand même très attentifs.

 

 

AR : Mais en comparaison avec les comédiens, par exemple ?

 

Modèle, c'est un métier qui n'est pas connu. Quand on me demande quel métier je fait, je dis que je regarde les autres travailler pendant qu'ils me regardent travailler. Voilà, ça veut dire tout ça. Alors s'ils ne savent pas ce que c'est, je leur propose de poser vingt questions où je réponds par oui ou par non. Ça peut être dommage, mais si à la 20ème ils n'ont pas trouvé, je m'impose le secret.

 

 

AR : C'est un peu triste parce que c'est une profession qui remonte à l'Antiquité, peut-être avant, on ne sait pas.

 

Oui, il y a toujours eu des modèles, certainement. Mais jusqu'à il y a quelque temps, ils étaient surtout des gens qui posaient pour se payer des études, etc. Maintenant il y a des passionnés, il y a des fiches de paye, des déclarations d'impôts. J'ai fait ce métier très professionnellement et je n'en ai que de bons résultats. On me prend vraiment au sérieux.

 

 

AR : Le rapport avec l'artiste, cela peut être assez fort. Le modèle, c'est souvent un peu la Muse, c'est quelqu'un qui peut prendre une très grande importance.

 

Oui, mais il faut rester bien quand même à sa place. On n'a pas plus d'importance que l'artiste. L'artiste est quand même très bon. Il met des années pour devenir professionnel, le modèle peut décider d'être modèle du jour au lendemain. Cependant, ça se construit petit à petit, par rapport aux artistes que l'on rencontre, aux écoles, etc.

 

 

AR : Il y a eu parfois dans le passé des rapports extrêmement forts entre modèles et artistes.

 

Il y a eu des artistes qui ont épousé leur modèle et qui voyaient un peu à travers celle qui était devenue épouse, mais ce n'est plus la mode maintenant. Ou alors il faudrait qu'ils en épousent plusieurs ! Les mentalités ont évolué dans ce sens là. Que des femmes artistes épousent leur modèle homme… ça, je ne sais pas. En tout cas, je suis encore célibataire !

 

 

AR : Mais ça a déjà du arriver, non ?

 

Je ne crois pas. Les gens ne le racontent pas de toute manière, c'est une question de discrétion vis-à-vis des artistes.

 

 

AR : Conseils aux jeunes modèles. C'est un peu une question bidon, mais…

 

Bah ! Le hasard fera bien les choses.

 

 

AR : Aucun intérêt antérieur pour le modélat... J'ai une question un peu "tarte à la crème", mais qui ne peut que t'être posée : est-ce que tu penses qu'il y a une dimension exhibitionniste chez le modèle ?

 

Oui, pour certains modèles. Moi non, c'est pas mon truc. Je ne suis ni dragueur ni exhibitionniste.

 

AR : Même en imitant Gainsbourg, tu ne t'es pas senti « Stan the flasher » ?

 

Non, non, c'est un travail qu'on fait et on doit bien le faire. Tout ça, c'est du travail.

Et puis Gainsbarre n'était-il pas un joueur ?

 

AR : D'accord, mais est-ce que le comédien n'est pas déjà un peu exhibitionniste, d'une certaine manière ?

 

Il y a des gens qui font ce métier-là parce qu'ils ont envie d'être regardés ou d'être vus. Et envie de devenir quelqu'un, de réussir, mais personnellement, je m'en fous de la réussite. Si on veut réussir, c'est là que l'on ne réussit pas. Et si l'on veut bien travailler, là on peut réussir. Si ça se fait, c'est par étapes. Successivement, il se passe des choses qui font que d'un truc on va à l'autre et on grandit.

 

 

AR : Ce que tu peux conseiller aux jeunes modèles, c'est donc peut-être d'être professionnels.

 

Oui, mais ils ont beaucoup de mal. Ils sont pris par d'autres choses. La vie actuellement est très difficile. Au début il ne posent pas beaucoup. Beaucoup arrêtent au bout de six mois/un an et n'ont pas l'occasion de voir ce que ça donne au bout de deux ans.

 

 

AR : Est-ce que tu penses qu'ils doivent rechercher des poses pour des artistes ou en contexte collectif, des cours, les deux ?

 

Ils cherchent à bosser, ils cherchent à bosser... Il faut aussi un « truc » qui fait que même dans la rue, dans le métro, on te regarde. Il y a beaucoup de modèles qui commencent et qui ne l'ont pas. Or l'intérêt de l'artiste naît souvent de la possibilité d'« accrocher » sur un physique.

 

 

AR : J'imagine que lorsque tu poses pour un artiste, c'est tout à fait différent de quand tu poses pour un cours. Tu es peut-être plus animateur, d'une certaine manière.

 

Quand je pose pour un cours il y a trente personnes, donc trente regards et directions différents. Quand il n'y a qu'un artiste, il n'y a qu'une direction, la sienne, et je n'ai pas le droit de me tromper et lui non plus si possible, pour lui.

 

 

AR : Cela doit quand même être plus dur à gérer quand tu as 30 personnes autour de toi, non ?

 

Non. Je fais du général. Quand il s'agit d'un seul artiste, je suis dans son truc à lui, uniquement, surtout pas à autre chose.

 

 

 

Addendum

 

 

 

Nous sommes en avril 2004. Une nouvelle entrevue nous permet de faire le point sur l'évolution du travail de Jacques et d'évoquer d'autres aspects du métier.

 

Jacques : J'ai commencé un travail gestuel que je faisais déjà auparavant, mais cette fois sur la danse en particulier. Toutes sortes de danses et à toutes les vitesses, avec des « arrêts sur image ».
J'ai aussi travaillé à partir de poèmes écrits par des artistes.


De même, à partir de sons. C'est différent de la musique. Il y a plein de choses à faire et nous en sommes au tout début.


 

AR : Qui sont les artistes qui travaillent de cette manière ?
 

Pour le moment, ils ne sont pas connus. Ils étudient le son également.
Il faudra du temps pour mettre tout cela au point. C'est très intéressant.

D'ailleurs, j'ai fait beaucoup de poses sur les thèmes de la plage, des gardiens, mais je vais ralentir cela parce que je voudrais passer à d'autres choses. Des portes s'ouvrent par ailleurs.

Il faut que j'évolue aussi.
 

Et puis j'ai travaillé mon corps, je l'ai "remodelé". Il y a toujours un côté dramatique, mais j'ai rajouté du muscle, de l'esthétique et de l'expression. Je sculpte mon corps, je souhaite un corps parlant.

 

 

AR : Et oui, ce travail-là est naturel pour un modèle, mais on n'y pense pas forcément. Pour revenir à ce que tu disais précédemment, est-ce que tu t'éloignes des poses de « dessin pur » ?

Ah non, non, cela reste dans le dessin. On découvre des poses que l'on n'aurait jamais trouvé autrement.

J'ai déjà un « gestuel », alors les gens croient que j'ai fait de la danse. Ce travail me convient, me plait.

 

J'aime beaucoup les thèmes aussi. Ce matin : thème « gladiateur », dans un cours. Il y avait une seule femme et beaucoup d'hommes et ils ont adoré. C'est une forme de victoire. Je vais souvent dans des cours où il y a une majorité d'hommes et ça fonctionne alors que c'est moins facile.

 

 

AR : Et comment !

 

Il faut aussi parler des cours. Dans certains d'entre eux, les arts plastiques peuvent être considérés par les élèves comme un passe-temps - et pourquoi pas ? - alors que pour d'autres le travail est vraiment différent parce que les gens sont plus motivés. Certains modèles rechignent à se rendre dans des lieux dont l'accès est moins facile, mais une relation d'amitié peut me pousser à me déplacer loin. Quelques uns font des trucs fabuleux. Le talent est partout.

 

De même, concernant les modèles, un tri se fait naturellement. Il y a les biscornus ou ceux qui plantent un cours en ne venant pas, etc. Ceux-là sont vite repérés. Ils sont passés une fois, on ne les veut plus. Certains posent pour voir si cela les amuse, devant les gens, d'être déshabillés. Il y a des thèmes comme le drame, la mort, l'érotisme, mais certains ne savent pas travailler de cette manière. Ils essayent de régler des problèmes personnels.

En ce qui concerne l'érotisme notamment, c'est un thème très fort, que je travaille peu. Il faut rentrer dans le jeu sans sauter sur les gens, problème que certains artistes ont avec d'autres modèles.

L'art du modèle, c'est de comprendre ce que l'artiste, l'élève ou l'étudiant veut.

Après, on s'aperçoit que telle ou telle personne a vraiment fait un très bon travail. Bien que, par exemple, dans le cas d'étudiants, ils n'appellent jamais pour dire qu'ils ont été reçus premiers dans telle ou telle école nationale.
 

 

AR : C'est un vieux classique.


Ce n'est pas grave. Avec les étudiants, c'est plaisant de penser que l'on a pu contribuer à des progrès. On apprécie leur responsabilité et leur avenir, pleinement entre leurs mains.

 

 

C'est avec plaisir que ArtRéalité accueille dans ses pages les coordonnées d'un grand professionnel que nous recommandons sans hésiter à nos visiteurs.

 

 

Jacques Couderc

 

France ou étranger

 

Contact : 06 6480 6303

 

20 cour des Petites Écuries
75010 PARIS

 

 

Article réalisé par Emmanuel LUC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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