Au commencement il n'y avait presque plus rien. Peut-être quelques cadavres, une boîte d'allumettes, les petites voitures cabossées des enfants, des quignons de pain ici et là, parmi des reliefs de table, à la fin d'une soirée. Par exemple.

 

Presque plus rien, mais un point de départ ? Certainement quand on crée ou quand on reconstruit un monde, quand on récrit une histoire.

On part de ces bouts de baguettes déjà rassis, de ces petites autos vouées à la démolition, de ces allumettes au destin définitivement cramé, de ces bouteilles finies, de ces verres renversés. Destructions, rappels brutaux à la finitude. Et on aboutit parfois, avec un peu de chance, à des surprises, à la naissance de mystères vivants.

 

Ce n'est pas sans violence, même si c'est explicitement évoqué de manière ludique.

Faits divers. Un croûton de pain délaissé ne passe pas l'hiver. Carambolages en série : des dizaines d'automobiles piégées dans un drame mortel. Dispute familiale, verre brisés, vaisselle cassée : le dîner de famille se termine en tragédie.

Mais qu'est-ce qui est violent dans ces symboliques de Frédérique Charbonneau ? Le "fait divers", la destruction qui laisse une cicatrice ouverte ou bien la cure, la chirurgie, traumatisme au coeur du traumatisme ?

Quelle violence pour quel résultat ?

 

 

© Claude Yvans

 

 

A partir du presque-plus-rien laissé par un ouragan culinaire, militaire, à partir de cendres, de restes ou de cicatrices, de traces souvent indécodables, mystérieuses, naît un univers foisonnant (un peuple, parfois), doté d'une grande force expressive, qui semble précisément se nourrir et s'entretenir des restes d'un passé méconnu. Un univers coalescent, nouveau ou reconstitué qui, au finale, aura bel et bien formé un tout paraissant presque indépendant de la mémoire de ce qui l'a réellement constitué. Un tout ou un presque-tout dûment signé de quelqu'un qui semble retrouver et faire retrouver une fraîcheur souvent ludique au travers de chacune de ses oeuvres.

 

 

 

Les premières secondes de "4KO", évoquent vraiment un "presque plus rien". Un fond, une sorte de rideau imprécis s'agite pendant un temps assez long pour que l'on prenne conscience de ce presque-vide avant qu'il se peuple. Il se peuple d'étranges créatures dont le public du réseau ARt REALITE n'a pas manqué de nous signaler l'expressivité particulière : "Leur présence est incroyable", "On ne comprend pas tout de suite ce que c'est", "On a envie de les manger", ou encore "C'est le tableau d'un peuple", etc.

 

© Frédérique Charbonneau

 

Un peuple peint à l'huile sur du pain. Ici comme dans plusieurs autres travaux, Frédérique, peu encline à se mettre en scène ou à présenter un objet unique ou trop univoque, crée un effet de multiplication, une multiplication de quelque chose qui croustille, dont on fait sa mie.

- Oui ! C'est du pain ! Quand tu es gosse, et que ta mère fait du pain pour te montrer comment on fait …

- Elle faisait du pain, ta mère ?

- Juste une fois, pour me montrer. Je me souviens de mon émerveillement de manger du pain que j'avais fait moi-même, un truc assez facile à faire. C'est assez magique.

- Il y a une symbolique ?

- Très forte.
Et quand j'allais chercher des pains chez un autre boulanger et que je mettais ça dans la voiture devant tout le monde, il y avait des mères avec des gosses, qui disaient "regarde, regarde la baguette, t'as vu comme elle est grande !", de petits attroupements. Pourtant ça n'avait rien d'exceptionnel, juste du pain, mais un côté drôle immédiat pour les gens. Pas plus que ça.

© Claude Yvans

 

Ce peuple de farine et de levure a surgi de peu de choses, d'un matériau moins riche encore que les substrats des créations arte povera. Si celles-ci s'en prennent à l'objet fini au sens de la chose consommable, marquée par sa destination, il s'agit pour Frédérique de faire fruit de l'objet presque mort, voire de la mort même (série des squelettes). Son travail semble un acte de chirurgie ultime ou de sorcellerie qui d'ailleurs ne réussit pas toujours. Le premier fruit qu'elle fait naître de l'objet, celui qui semble le plus important, possiblement le motif réel, paraît être la mise en scène, en actes, en sensations, en ambivalences, de ces quasi néants. Comme si leur donner sens, leur redonner une histoire, était le véritable but.

 

© Frédérique Charbonneau

 

A partir d'un chaos, d'une meurtrissure, Frédérique Charbonneau semble tantôt accoucher d'un peuple, tantôt créer la sensation de dévastation donnée par une métaphore de champ de bataille (les allumettes de 3KO), tantôt jouer avec la mort (petites voitures, squelettes), tantôt évoquer l'ambiguïté du bloc opératoire (verres de vin), etc. Ces scénarios engagent non seulement l'intérêt du spectateur par les actes mis en oeuvre, mais aussi, par l'association qu'ils peuvent tisser, avec ses propres souvenirs. Grâce aux multiples sens conviés peut-être.

- Je vais disséquer des poupées, des jouets, des voitures, les détourner de leur sens, plutôt pour créer un sentiment, faire renaître un souvenir d'enfance chez les gens et chez moi-même puisque la première spectatrice c'est moi.

- Un peu à la façon de Boltanski ?

- Oui, mais lui travaille sur une mémoire importante. Je travaille sur des choses plus légères. En général, ce que j'aime bien, quand j'y arrive, ce qui n'est pas facile, c'est de créer un sentiment simple, avec trois fois rien, qui doit normalement, si c'est réussi, évoquer quelque chose de direct. Un souvenir, une émotion…

Une émotion pas toujours réellement légère, à l'échelle de l'histoire de l'artiste du moins :

- Tout ce qui est chaos, accident, m'intéresse.

© Frédérique Charbonneau

Ce qui concerne les cicatrices [nous parlions de représentations de corps "traversés" que Frédérique peint assez souvent], parce que je suis moi-même un couturée de la face. Regarde là [non loin de son œil gauche], j'ai une cicatrice en forme d'épée.

- C'est vrai.

- Et une au coin des lèvres, c'est ce qu'on appelle une boutonnière.

- C'est discret.

- Très discret. Parce que j'étais petite, j'ai une bonne nature et la peau s'est très bien remise. Je suis tombée sur un poêle à charbon. En plus je m'appelle Charbonneau [rire]. Il n'y a rien à en tirer, mais…

- Si, si, sûrement !

- [éclat de rire]

- D'accord. Et tu avais quel âge ?

- Cinq ans. J'ai eu des brûlures sur la joue, plus une tache de sang dans l'œil. J'étais défigurée. J'ai une mémoire de ça, d'avoir fait peur dans la rue. J'ai dû avoir peur pour mon visage, ça a dû changer quelque chose dans ma vie.

- Ca a duré longtemps ?

- Oui, c'est resté quatre mois. C'était un poêle à l'ancienne, avec des barres métallique et un foyer.

On a l'impression que la brutalité fusionnelle et destructrice des barres en fonte est l'exemple typique de souvenirs brûlants qui doivent être… tempérés, associés à d'autres sens, à d'autres personnes, à d'autres références, et c'est ce qui semble opérer dans 1KO, par exemple.

 

© Frédérique Charbonneau

- Le vin. Quelque chose de très agréable, qui représente Épicure, des choix de vie, des choix de mort, un très beau camaïeux, la vie, l'ivresse, la littérature et même la religion. Je ne suis pas religieuse, mais j'ai été élevée dans un milieu catholique où le vin correspond au sang. Donc c'est aussi la vie, ce qui coule dans tes veines et un tas de trucs que l'on trimballe bien que je sois devenue athée.

Cette recherche de camaïeux est loin d'occulter la difficulté de mettre en scène des souvenirs personnels sous la forme d'une présence transformée. Il s'agit d'introduire une relative légèreté dans la mémoire d'un passé très lourd de sorte à fabriquer une sorte de "chaîne associative" plus riche. Ce travail n'est pas sans risques.

- Ce qui m'amuse, c'est la prise de risque. Pour moi, l'artiste doit frôler le mauvais goût, prendre des risques dans le sujet, la peinture, les couleurs. Le léger risque d'être ridicule.

Pourquoi ce risque du ridicule, à quoi réfère-t-il ?

- Quand tu vas dans les choses très enfantines comme je peux le faire avec des petites voitures, etc…

- … en même temps c'est filmé d'une manière absolument pas enfantine, plutôt aguerrie…

- …tu mets en scène un aspect enfantin et c'est une prise de risque.

- Est-ce que l'art a un rapport avec quelque chose d'enfantin qui a envie d'émerger ? C'est une question que je me pose aussi. Ce n'est pas enfantin, mais quelque chose qui provient peut-être de l'enfance.

- J'ai envie de jouer en fait. Il n'y a pas 36 trucs pour jouer. Je me souviens qu'à mon dix-huitième anniversaire je pleurais. J'avais l'impression de ne plus pouvoir faire ce que les adultes appellent "n'importe quoi". Tu ne peux plus jouer et on te le répète : "t'es grande maintenant, tu vas rester dans ta chambre, tu vas faire tes devoirs". Et le jour où tu peux décider, tu dis "non, je suis petite, je fais ce qui me plait"…

- …ce qui demande de l'audace. Dans les ateliers d'artistes, il y a des yeux partout, ceux du public, invisible.

- On préfère que ça marche, que les gens comprennent, qu'ils aient ça chez eux, près d'eux. En même temps, si tu ne penses qu'à cela, tu n'as plus de liberté. Essayer de faire un best-seller : tu te plantes, ou le livre est un best-seller ou non, il n'y a pas de recette. Autant s'amuser, finalement.

- Il y a aussi la part de communication, peut-être de séduction, par l'objet.

- L'objet vit tout seul.

Je trouve frais de voir mes pains dans le Luxembourg [Art Sénat 2006] parce que c'est assez rare d'observer l'objet qui vit vraiment tout seul. S'il est en galerie, le galeriste va s'avancer, va parler de l'artiste, va influer sur le regard. Ce qui est marrant au Luxembourg, c'est que c'est livré brut.

Fraîcheur, pains, recettes... Selon une amie artiste, il existe une recette justement : faire ce que personne n'a fait avant. Qu'en pense Frédérique ?

- Rien. Je me rappelle d'une phrase de Christian Boltanski. Je venais de terminer une exposition et je lui dis "je ne sais pas ce que je vais faire". Il me répond "ce n'est pas grave, tu copies quelqu'un et quand tu l'auras copié, c'est toi qui l'auras fait et ce sera très différent."

- Eh oui.

- Même si cela a des relents de toute-puissance, quoi que l'on touche, on le transforme par ce que l'on est.

Ce qui ramène à l'égocentrisme des artistes. Il y a quand même une folie prétentieuse, peut-être pas.

- Je regardais en même temps [nous sommes dans l'atelier de Frédérique]. Les formes que tu représentes sont parfois très "imposées". Pas toujours, ne serait-ce que les taches de vin. Par contre, je vois ici des formes précises, dessinées, graphiques. Il n'y a pas d'interprétation imposée [pas de narration notamment] mais dans la plastique…

- La plastique est imposée. Elle est totalitaire !

- Les pains, et certains autres travaux, tu les travailles d'une manière…

- Plus spontanée. En même temps, dans le travail "totalitaire", il y a quelque chose d'incroyablement drôle à faire, c'est la main levée.

- Ca marche ou ça ne marche pas, on revient à la prise de risque.

Ce qui nous amène à une tout autre question.

- Comment viennent les idées ?

- En travaillant. [affirmative :] En traînant.

- Ce n'est pas le matin au réveil, tout d'un coup une idée te vient, "ah tiens je vais faire ça" ?

- Globalement, s'il n'y a pas de travail, il n'y a pas d'idée. Il faut s'y mettre, c'est la grande difficulté. Il faut se mettre au boulot, mais personne ne t'attend et tout le monde s'en fout. [rire]

- C'est ça, être artiste, non ?

Quel est le rôle du savoir par rapport à cette épreuve qui est celle de l'atelier ou d'autres expériences importantes comme exposer ?

- En savoir trop, ce n'est pas excellent pour la création. Le critique n'est pas l'artiste.

- C'est dur à doser.

- Oui, à moins d'être une personne hors normes comme Picasso qui ne pouvait pas être déstabilisé parce qu'il était dans le travail perpétuellement. Quand tu es dans le travail perpétuellement, tu es protégé.

Le travail est une énorme protection pour l'artiste. Les amis qui par périodes travaillent moins sont complètement flippés. Le truc, ce n'est pas de savoir si tu vas exposer, si tu vas vendre : si un artiste ne produit pas, il reste un artiste. Mais les périodes où je ne produis pas sont horribles. Je ne sais rien faire d'autre.

Ces expériences de la plasticienne qu'est depuis longtemps Frédérique Charbonneau ne doivent pas nous faire oublier un passé, un autre vécu artistique où la présence est effectivement d'une grande importance.

- Tu as aussi été artiste comédienne.

- Oui. J'ai été comédienne. Au départ, j'ai deux frères peintres. Il y a des places pour les enfants. J'étais la dernière et je ne pouvais pas prendre la place de mes frères. C'est compliqué. Mes frères m'ont incitée, m'ont offert des tubes et des pinceaux. A l'adolescence, j'étais très, très timide et je me suis plus tournée vers le théâtre. Et puis quand je suis arrivée à Paris, à seize ans, c'était plus facile pour moi de gagner ma vie comme actrice.

 

Elle a poussé assez loin cette expérience. Comment en est-elle venue aux arts plastiques ?

- Bah écoute je faisais les deux. En même temps.

- Tu peignais sur scène ?

- Non ! Je faisais de la peinture, j'exposais et je jouais. A un moment donné, la peinture a pris le dessus.

- Tu as fait des études de peinture ?

- Rien du tout (…). A seize ans, il me fallait entrer dans la vie. Ma seule formation a été la vie. Les rencontres, les artistes, c'est tout.

[note : on ne donnera pas de précisions, mais ces rencontres étaient certainement formatrices car peu banales]

Et le soutien. Les enfants dessinent jusqu'au jour où les parents ne regardent plus leurs dessins. On a regardé mes dessins. J'ai continué parce que l'on regardait mes dessins. C'est vachement important. Si tu trouves encore des gens qui regardent tes dessins, aussi bien d'une manière amicale, je ne parle pas de la vente, de tout ça, eh bien ça change tout. J'ai eu la chance que l'on regarde ce que je faisais. C'est très indispensable.

Ce regard particulier semble se retrouver chez ceux qui ont "trouvé un peuple" (voir passage in entretien avec Gérard Fromanger).

Mais aujourd'hui, beaucoup d'artistes semblent ne pas avoir trouvé ce regard de l'autre qui initie peut-être un regard sur l'autre.

- On se filme souvent soi-même. Son pied, son nez, son état d'âme. Ca n'a rien à voir avec ce que je fais. Ca vient de ma tête, ce n'est pas moi. Il y a une énorme distance entre ce que je fais et moi, et je tiens à la garder. Ca ne m'intéresse pas de m'impliquer physiquement. Il y a une tentation extrême. Mais il y a des trucs qui échappent.

Ce qui m'intéresse, c'est le non-narcissisme. C'est de raconter des histoires différemment, pas comme dans un film avec des acteurs.

Cela aurait été facile d'utiliser mon propre corps, par exemple de faire couler un verre de vin sur mon ventre.

- Par exemple, chez Matthew Barney, il y avait les prémisses de quelque chose. Enfin ce n'est pas sûr. Il fait des vidéos où la narration est abominable, avec des suicides, etc., mais le tout hyper léché, soigné, plus qu'hollywoodien. Peut-être y avait-il en cela une critique par rapport à sa propre violence. Une mise à distance par l'esthétisme. C'est une question, je n'ai pas la réponse.

- Comme Lars von Trier dans Europa etc.

- Ils sont proches.

- Peut-être, oui. Mais ça me dérange un peu. Tu vois les photographes qui faisaient des photos de Beyrouth – superbes – après les bombardements, ou en Irak, quand on fait de l'esthétisme avec le grand malheur, ça me dérange aussi. J'aime la transposition. On a fait des films très esthétisants sur le nazisme, ça me dérange toujours.

C'est une question intéressante : comment rendre compte de la violence sans la rendre trop esthétique ? C'est compliqué.

© Frédérique Charbonneau

- Quelqu'un qui met explicitement en scène de la violence pourrait indiquer par là sa méconnaissance de ses propres pulsions – positives, j'entends –, à la manière d'un ado qui les transpose souvent en agressivité. On pourrait faire une critique d'une partie de la production contemporaine comme étant en partie adolescente…

- … très immature.

- … alors qu'en changeant de registre, tu pars de quelque chose de plus sérieux dans le bon sens du terme.

- Oui, ce n'est pas n'importe quoi.

J'écris avant de passer à la réalisation.

- Toujours ?

- Oui, c'est une construction. C'est très séparé entre le geste, la peinture, et la réflexion. Le geste m'intéresse après la réflexion. Je ne me dis pas "je vais peindre ceci". J'ai des petits carnets, j'élabore des thèmes, je réfléchis par rapport à ce que j'ai envie de dire et ensuite j'essaye de retrouver une liberté picturale.

- Il n'y a pas de retour à l'écriture une fois que tu as démarré le travail pictural ?

- Non. J'aimerais bien, mais non.

- Peut-être qu'il faut trancher, justement, entre les deux. Ce n'est pas le même travail.

- Oui. Et l'écriture, j'aime bien quand c'est très court. Je suis meilleure pour ça. Je ne suis pas écrivain, je suis artiste plasticienne. J'ai besoin de mettre la main à la pâte.

- Ce n'est pas commun-commun, ça, de passer par l'écriture en amont.

- Sinon je ne saurais pas quoi faire, je serais comme un écrivain devant une page blanche. Cette idée de ne pas savoir quoi faire est très angoissante pour moi. Donc je réfléchis à ce que je vais faire pour ne pas me retrouver devant une page blanche. Une grande page blanche, plus grande que du 21x29,7.

- C'est pour toi un moyen d'élaborer, tout simplement ?

- C'est ce qui m'intéresse, trouver les moyens d'exprimer ce que j'écris dans mes carnets.

- Ce que tu écris, c'est plutôt poétique ou très formel ? [Je pose cette question car Frédérique écrit aussi des poèmes. Ci-dessous, quelques exemples issus du petit recueil "graniZado"]

J'ai bien rangé

ma journée

au fond

d'un tiroir

La pluie tombait

ruisselait

sur la vitre

chaude et luisante

Des yeux étoilés

éclairaient

un homme chien

perdu sans collier

- Très formel. Ou une phrase, ou un mot. C'est important.

Elle est granizado

Sucrée jusqu'à quando

Glacée jusqu'à el perdido

Elle est granizada

Sucée jusqu'à l'alma

Givrée jusqu'à la locura

Granizado de limon

Cuando pasa por la boca

Y baja la garganta

No me digas tus cualidades

Me pongo loca

Hasta el cacao mental

J'ai des amis qui vont faire des croquis, moi ce seraient plutôt des carnets de notes pour l'année prochaine. [rire]

Allumeuse, promeneuse

Dévalant l'ennui

Dans des champs infertiles

A la recherche de quelques broutilles

 

Allumeuse, baladeuse

Glissant sur l'envie

Pas de deux sur un beau parquet

En habit de sentiments masqués

 

Promeneuse, baladeuse

Un brin Joueuse

Deux brins rieuse,

Trois brins coureuse

De Fond

Courageuse et seule

- Le pain, les personnages peints sont aux antipodes d'arts violents dont nous parlions avant. Je ne vois pas tellement d'équivalents. Si, certains ont travaillé avec des sucres…

- …sur la nourriture, oui, il y a eu pas mal de gens…

- …le eat art…

- …ou le pourrissement de la nourriture. Il y a une fille à Londres qui a exactement mon âge et qui a fait mouler son corps pour faire un pain. Elle s'est fait un nu en pain. C'est sympa, c'est marrant, mais on arrive encore à une forme de narcissisme. Son corps, encore, comme base de travail. Je préfère prendre ma tête comme base que mon corps. 

La peinture était un première étape que Frédérique n'a d'ailleurs pas abandonnée. Elle a très tôt fabriqué des objets, puis des vidéos. Que pense-t-elle de la vidéo comme moyen d'expression ? Parlons par exemple de 3KO, qui semble recueillir un certain succès.

 

© Frédérique Charbonneau

- J'avais fait un voyage en Normandie, sur les plages du débarquement. La vidéo m'a permis de faire quelque chose de gracieux alors qu'en peinture ça aurait été atroce. En vidéo, ça devient chic et choc. Beaucoup de gens la voient comme ça et la préfèrent, elle est la vidéo la plus propre, la plus clean, la plus esthétique. La vidéo permet de faire passer des idées violentes sur un mode soft, esthétique.

- Ca change quand même le sens, en tout cas celui qui peut être saisi par la personne qui regarde. La liberté de lecture que tu donnes sur cette vidéo-là m'a semblé remarquable.

- C'est vrai !! Ca m'a échappé parce que d'une certaine manière, normalement j'ai du mal à laisser à l'autre… J'aimerais laisser le spectateur plus libre.

- Tu veux dire que cela t'a échappé ?

- La forme m'y a aidé.

- Ce n'est pas un drame.

- Non, pas du tout, c'est très bien. Les choses qui t'échappent ne sont pas forcément mauvaises.

Justement, qu'en est-il de cet art de la transformation qui part de presque-plus-rien mais qui semble atteindre certaines dimensions ?

- Les vieilles femmes commencent à ressembler à des hommes. Chez les femmes, il y a des choses masculines. Il y a quelque chose de très interchangeables, de l'ordre de la décision. Pour le moment, par exemple, tu me vois comme une femme, mais si je le décidais, je pourrais décider d'être un homme. Avec pas grand-chose. J'ai un prénom mixte, Frédérique. Si je faisais passer mon travail pour un travail d'homme, cela m'intéresserait énormément.

- Dans les œuvres écrites, c'est pas rien.

- Ca m'intéresse.

- Comment ça se retrouve dans ce que tu fais ?

- Par des symboles très simples. Mettre des seins aux fe… aux hommes par exemple. Pourquoi faire compliqué ? C'est un symbole très fort, la féminité. Tu le places sur des hommes, et d'ailleurs quand les hommes grossissent, ils prennent des seins. J'ai fait pas mal de dessins et tableaux où il y avait ce côté "ni homme ni femme". C'est un sujet. La transformation, je trouve ça drôle.

- La transformation ?

- On n'en joue pas assez. On peut s'amuser terriblement dans la vie quotidienne. Il suffit de mettre une perruque et tu es une autre personne.

- Ah oui !

- A un vernissage pour une expo de Sophie [une amie commune], j'avais une perruque brune, avec une frange. C'est incroyable comme le regard des autres est différent. Tu passes de blonde à brune, on te perçoit différemment. On joue très peu avec tout ça alors que c'est très amusant. On s'enlève une grande partie des plaisirs de la vie. C'est pareil avec les pseudonymes, c'est tellement amusant. Tu peux réinventer ton enfance, ta vie, ce que tu veux.

- Tu as donc une recherche sur les opinions du public ?

- Je suis intriguée par la question "et si c'était pas moi, si j'étais une Asiatique ou un homme, que penseraient les autres de mon travail ?"

J'ai l'impression qu'actuellement, on détermine l'art par le sexe ou par l'âge. On pourrait changer mon âge sur Art Réalité, dire que j'ai vingt-cinq ans ou quatre-vingts.

- On pourrait jouer.

- Je pense que les opinions seraient totalement différentes, dans le genre "pour qui elle travaille la petite", j'en sais rien, mais on apporte des données aux gens qui regardent et si tu changes ces données, les regards sont changés.

 

- Est-ce que c'est pas le rôle de l'œuvre d'art, d'être un objet que tu intercales entre quelqu'un d'autre et toi, une image, une signature que tu peux modeler, transformer ?

- Je pense que c'est en tout cas l'un des rôles de l'artiste de se poser au moins cette question. Même chez les Anciens, la question se posait.

En art, tu donnes de toi ce que tu peux travestir.

 

 

 

Vidéos

 

 

Série des "KO"


© Frédérique Charbonneau, post-production ARt REALITE

 

Liens (choisir le type de diffusion)

"1KO"

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"2KO"

Grand format    Standard (320x240)    Pour débit faible

"3KO"

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"4KO"

Grand format    Standard (320x240)    Pour débit faible

 

 

Voir aussi

 

"Corps1" - sur Art Sénat 2006

 

© Claude Yvans

 

Liens (choisir le type de diffusion)

Grand format    Standard (320x240)    Pour débit faible

 

Attention : ces diffusions sont expérimentales.

Des tests peuvent être en cours, des anomalies peuvent se produire.
Un débit effectif (et non nominal) de 1 Mbps - sauf diffusion en débit faible - est un minimum pour éviter les interruptions momentanées.

 

 

 

 

Moyens, crédits

 

Entretien

Emmanuel Luc

Post-production multimédia Luc Kheradmand

 

Iconographie

Vidéos et images extraites des vidéos "1KO" à "4KO" de Frédérique Charbonneau

et de "Corps 1" de Claude Yvans

 

 

 

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